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Spa praticien, praticien de bien-être, masseur …
un métier « hors norme » !

Après l’article consacré à la nécessité d’avoir un diplôme d’esthétique pour effectuer des soins visage, Spa-A se devait d’aborder la question du massage, à vertu non-thérapeutique.

 

Un praticien n’est pas un thérapeute

Jean-Jacques Gauthier, membre du bureau Spa-A, Masseur-kinésithérapeute, sophrologue, consultant-enseignant

On a trop souvent tendance à tout confondre : thérapeute, médecin, soignant, professionnel de la santé, praticien de bien-être, spa praticien, esthéticien(ne)s etc. Certains y voient une façon de s’octroyer des prérogatives et de communiquer sur des compétences qu’ils ne possèdent pas. D’autres, au contraire, sont pénalisés par ces flous qui les desservent.

SPA-A reçoit, depuis peu mais régulièrement, des demandes d’adhésion de profils de plus en plus surprenants et de moins en moins précis en termes de qualification.

Essayons d’y voir clair et de définir, le mieux possible, les divers éléments de ce puzzle.

 

En France, le titre de « thérapeute » n’est pas protégé par la loi !

N’importe qui peut, en théorie, s’autoproclamer thérapeute. Par définition, le thérapeute est un professionnel qui accompagne une personne dans la résolution de difficultés psychologiques, émotionnelles, relationnelles ou physiques, à l’aide de méthodes spécifiques.

A l’évidence, le terme de thérapeute est souvent utilisé de manière dévoyée.

Cependant, l’exercice de certaines pratiques thérapeutiques est strictement encadré, notamment pour les professions réglementées comme psychologue, psychothérapeute ou médecin-psychiatre (le seul autorisé à prescrire).

Bien normé et sans équivoque, le médecin est un professionnel diplômé d’un doctorat d’état de médecine ; il est le seul habilité à poser des diagnostics, à prescrire des traitements, et à réaliser des actes médicaux.

Le soignant englobe les professionnels impliqués dans la chaine des soins et la réalisation d’actes médicaux aux patients et relève d’une formation réglementée : aide soignant, infirmier, masseur-kinésithérapeute, ergothérapeute, puéricultrice …

Le professionnel de la santé regroupe plus largement un ensemble d’acteurs en lien avec la thérapeutique et le soin : médecin, infirmier, masseur-kiné, pharmacien, ambulancier etc.

Enfin le praticien de bien-être et le spa praticien regroupent les intervenants aptes à réaliser les soins de détente et de mieux être intégrant les actes de massages non thérapeutiques, les techniques de relaxation et /ou d’hydrothérapie mais aussi … les soins esthétiques si le praticien possède un CAP ou BP d’esthétique. Ces praticiens n’ont pas compétence à traiter des maladies ou des troubles médicaux.

 

Quelques éléments de modération

Reprenons la définition de la santé éditée par l’OMS (définition retenue lors du préambule à la constitution de l’Organisation Mondiale de la Santé, telle qu’adoptée par la Conférence internationale sur la Santé, New York, 19-22 juin 1946)

« La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité ».

On est en présence d’un concept global qui dépasse l’absence de troubles thérapeutiques et qui inclut la santé physique (physiologie), mentale (émotionnel et cognitif), sociale (interaction – épanouissement dans son environnement). En 2004, l’OMS a d’ailleurs complété sa définition et mis l’accent sur les notions de résilience et d’adaptation face aux défis environnementaux  et sociaux (dimension dynamique).

– En parallèle, il est important de ne pas confondre Santé et Pathologie

La pathologie (la maladie) relève du domaine de la médecine donc des docteurs en médecine, des soignants et/ou des structures adaptées (cabinets médicaux, centres de soins, cliniques, hôpitaux …)

La santé (selon la déf. de l’OMS) est une notion plus large, moins normée, qui relève, entre autres, de professionnels du bien-être pratiquant des actions de détente, de prévention et/ou de confort, des techniques de mieux-être …

A l’analyse de ces éléments, on peut donc avancer que les professionnels du spa sont des acteurs de santé sans être pour autant des thérapeutes ou des soignants.

 

Un titre RNCP ou un CQP n’est pas un diplôme d’état

Avant de passer la parole à nos experts, il nous paraît essentiel de préciser la différence entre un diplôme et un titre professionnel.
Un diplôme est une validation académique, délivrée par l’école ou l’université, après une formation théorique, alors qu’un titre  professionnel est une validation pratique, orientée métier, qui forme à un métier spécifique.

Titres professionnels, diplômes et CQP font l’objet d’un enregistrement au RNCP (répertoire national des certifications professionnelles) pour garantir une reconnaissance nationale.

En revanche, titres professionnels et CQP proposent un parcours plus opérationnel que les diplômes, notamment pour une reconversion professionnelle.

Nous, professionnels du bien-être, vous confirmons que l’on n’apprend pas à masser sur internet ni avec une formation de trois jours seulement. Il nous paraissait important de donner la parole à 3 spécialistes de la question.

Jean-Jacques Gauthier consultant d’ Amphorm Consulting
Gonzalo Pena, Directeur de l’Ecole Internationale du Spa
Violaine Pressiat,  Coordinatrice pédagogique SEPR de Lyon

Violaine Pressiat
À la SEPR, il nous a semblé essentiel de mettre en place une formation professionnalisante répondant aux besoins concrets des établissements hôteliers haut de gamme, tout en prenant en compte les spécificités du métier de praticien.

Nous nous sommes appuyés à la fois sur les retours d’expérience des professionnels du secteur et sur l’expertise de nos équipes pédagogiques afin de proposer une formation sur-mesure, exigeante et de qualité.

Il s’agit d’une formation « Spa Bien-Être de Luxe » qui allie posturologie, maîtrise des soins personnalisés et « luxury attitude ». D’une durée d’un an, elle constitue un véritable socle pour acquérir l’ensemble des compétences indispensables à l’exercice du métier.

 

Question préalable à Jean-Jacques Gauthier : comment sommes-nous arrivés à ce que ce métier de masseur soit aussi dérèglementé ?

 

Jean-Jacques Gauthier
Le métier de masseur est à ce jour un métier sans vrai cadre formatif officiel et la profession souffre certainement gravement de ce manque de structuration.

Des postulants au métier avec des formations très variables (en temps, en qualité, en pertinence), des connaissances de base souvent en partie absentes (anatomie, physiologie), des savoir-faire et des savoir être parfois limités pour des salaires proches du Smic et sans vraies perspectives d’évolution : le visuel global est peu flatteur et ne relève pas de la pleine santé.

Pour comprendre cette situation, remontons peut-être un peu le fil de l’histoire.

A l’arrivée des spas en France dans les années 2000, le massage devient très vite le soin phare de la carte de ces établissements. La demande est grande et le recrutement de professionnels devient une réalité. La grande majorité des établissements recrute alors des esthéticiennes qui, formées au massage corps dans leur école, « font le job » sur le terrain.

C’était sans compter l’action du Conseil de l’Ordre des Masseurs-Kinésithérapeutes (C.O des M-K) qui revendique l’exclusivité de l’utilisation du terme Massage et impose le terme de Modelage pour les actes pratiqués par des esthéticiennes, réalisés en spa.

Durant les années 2000 à 2015 la DGCCRF sera souvent le « bras armé » des MK pour imposer aux spas cette terminologie troublante pour tous et complètement incompréhensible pour les étrangers en visite dans notre pays. Le terme français massage, mondialement connu et référencé, est dans l’hexagone remplacé par le terme modelage… à ne rien y comprendre : « ils sont fous ces français ! ».

A cette même époque, le SPAS (Syndicat Professionnel des Activités de Spa – seul syndicat représentatif de la profession entre 2010 et 2020) entame des négociations avec le C.O des M-K pour établir un nouveau cadre, pour accorder le massage thérapeutique aux seuls M-K et le massage non thérapeutique à d’autres professionnels avec un minimum de formation (cahier des charges établi sur la base d’une formation solide, théorique et pratique). Les négociations, qui ont duré 3 ans, sont bloquées par le C.O des M-K. en 2015 avec une fin de non-recevoir et sans proposition cohérente.

Dans le même temps, le SPAS mène des actions d’information et d’explication de la situation (lobbying) auprès de nombreux députés.

L’Assemblée Nationale tranche le débat le 26 janvier 2016 : l’article 123 de la loi de modernisation de notre système de santé a pour effet de redéfinir la profession des masseurs-kinésithérapeutes et d’exclure de leur monopole le massage non-thérapeutique. Seul le massage de rééducation thérapeutique relève désormais de leur compétence exclusive.

Le massage de bien-être pourra être réalisé au regard de la nouvelle rédaction législative du Code de la Santé Publique, par un professionnel qui ne dispose pas du titre de masseur-kinésithérapeute… mais aucun cadre ou minimum de formation ne sera imposé pour ces nouveaux praticiens du massage (au grand désespoir du SPAS).

Depuis 10 ans aucun statut juridique ou formatif ne structure officiellement ce nouveau secteur professionnel du massage non thérapeutique et, de fait, autorise le meilleur et, malheureusement, parfois le pire !

Aujourd’hui certaines formations de masseur se font sur un week-end, d’autres sur une ou deux années de formation et de pratique.

Le problème de la formation des praticiens/masseurs reste donc un réel enjeu pour assainir le secteur et être plus pertinent face à des clients de spas en demande croissante de soins de qualité et de massages en particulier.

 

Gonzalo Pena
La première chose est de vérifier que la formation prépare à une certification reconnue, par exemple un titre inscrit au Répertoire National des Certifications Professionnelles (RNCP) ou un Certificat de Qualification Professionnelle (CQP), et que celle-ci est toujours valide.

Il faut également s’assurer que le programme correspond réellement au projet professionnel de l’élève. Je conseille aussi vivement d’aller visiter les locaux et de rencontrer les équipes pédagogiques. Cela permet de vérifier si l’on se sent en phase avec les valeurs et l’approche de l’établissement.

Une école sérieuse accepte généralement ce type de démarche.

 

 

Quels sont les points importants avant de choisir une formation ? Et pour quelle finalité ?

 

Jean-Jacques Gauthier
Les principaux points d’importance dans le choix d’une formation sont certainement la durée et le contenu.
Apprendre à pratiquer le massage peut être comparé à l’apprentissage du pilotage d’un avion : une partie de théorie est indispensable avant d’acquérir la technique de pilotage et de consigner ensuite un certain nombre d’heures de vol (entrainement / training) en simulateur puis en double avant d’être lâché en solo.

Pour le massage, la nécessité de connaissances de base en anatomie, physiologie et pathologie semble nécessaire avant d’acquérir les techniques et les gestes pratiques. Il faut ensuite acquérir les bonnes postures de travail (indispensables à une bonne hygiène de travail) et s’entrainer de nombreuses heures pour maitriser les divers protocoles.

A l’évidence, le métier de masseur ne s’improvise pas et demande un minimum d’heures de formation pour devenir un praticien pertinent et compétent.

 

Constat : nous manquons de personnel au niveau des spas urbains et hôteliers. D’après vous, pourquoi ?

 

Violaine Pressiat
La SEPR a créé une formation de praticien bien-être des spas de luxe. Les établissements expriment un réel besoin, mais les candidatures restent limitées : comment l’expliquer ?

Il est essentiel de mieux promouvoir les formations menant à ces métiers, qui ne peuvent s’apprendre « sur le tas ». Il est nécessaire de valoriser la montée en compétences ainsi que l’importance d’une formation spécifique à cet univers, et non uniquement généraliste.

Aujourd’hui, les profils que nous accueillons s’inscrivent majoritairement dans une poursuite d’études après un BP ou un baccalauréat professionnel : il s’agit donc de profils jeunes.

Plusieurs freins peuvent toutefois être identifiés :

  • la mobilité,
  • le logement, lorsqu’il n’est pas pris en charge, même partiellement, par la structure d’accueil,
  • le rythme intensif de l’activité.

C’est pourquoi nous recommandons fortement une immersion en amont de la formation. Par exemple, nous encourageons les futurs candidats à effectuer une saison estivale dans un établissement avant leur entrée en formation. Cette première expérience peut ensuite faciliter l’accès à une alternance ou à un stage au sein de la même structure.

 

Jean-Jacques Gauthier
Le manque de personnel au niveau des spas urbains est certainement le fait de salaires trop bas (souvent proches du SMIC) pour des charges de travail importantes et souvent répétitives. L’enchainement des massages (pour ne pas dire le massage à la chaîne !) est physiquement et énergétiquement épuisant.

Une pratique qualitative du massage impose des temps de pause (pour récupérer au niveau physique et énergétique) ou d’actions différenciées. Accompagner un client dans l’après soin et servir une boisson, installer une balnéo, proposer une relaxation, apporter des conseils de mieux vivre ou d’utilisation de produits confort,  sont des taches à intercaler entre les pratiques de massages, des actions aptes à rendre l’activité du spa-praticien plus attrayante, moins épuisante.

Enchainer les massages avec très peu de temps de pause (le temps de nettoyer et de remettre en place la cabine) est contre productif : la qualité du soin est souvent médiocre (encore plus en fin de journée), le personnel s’épuise vite (les arrêts maladie, TMS, sont fréquents), et dans le prolongement, le turnover des praticiens est souvent élevé, le recrutement de plus en plus pointu et sous tension.

Le manque de personnel en spa entraine parfois l’utilisation (pour ne pas dire « l’exploitation ») de stagiaires pour la pratique de massages sans tuteur et superviseur présent et très souvent sans que le client ne soit informé que le soin qu’il reçoit est exécuté par un élève stagiaire en formation. Le tarif du massage est inchangé (pas de réduction de prix car exécuté par un élève) et le stagiaire est parfois invité par son manager à occulter son statut d’apprenti pour confirmer, si questionnement du client, un statut d’employé du spa.

La motivation et l’implication des stagiaires sont souvent renforcées par une promesse d’embauche, de la part de la direction, à l’issue de leur formation, une promesse bien souvent jamais effective.

Une pratique à dénoncer et à condamner, qui très rentable sur le plan économique (les stagiaires ne sont pas payés ou reçoivent parfois une prime très modeste et remplacent un praticien), est dévastateur sur la motivation des futurs professionnels et plus que limite sur le plan éthique au niveau des clients et des futurs praticiens.

La situation décrite m’a été plusieurs fois rapportée ces dernières années par des élèves. La direction des écoles était parfois informée de cette dérive de dirigeants de spa peu scrupuleux.

Alors…  peut-être une manière de régler le manque de personnel dans certains établissements sous couvert d’une sorte d’«omerta» qui profite à certains mais totalement délétère à long terme pour la filière professionnelle.

 

Gonzalo Pena
Aujourd’hui, environ 75 % de nos élèves choisissent de s’installer en indépendant. Beaucoup de stagiaires nous expliquent qu’ils souhaitent éviter les rythmes de travail très intensifs, avec des massages qui s’enchaînent toute la journée, que ce soit en station ou dans certains spas urbains.

La question du salaire joue également un rôle important. Dans un spa urbain, un praticien salarié débute généralement entre 1 800 € et 2 000 € brut par mois, sur du Palace la rémunération peut être plus élevée. Pour un métier qui demande un réel engagement physique, technique et humain, certains estiment que cet investissement n’est pas toujours reconnu à sa juste valeur sur le plan financier.

 

Les free-lance gagnent-ils leur vie ?

Gonzalo, tu es un magnifique exemple d’évolution : on t’a connu élève, tu as été longtemps free-lance, puis formateur maintenant directeur de l’école. Qu’as-tu envie de nous dire ?

Gonzalo Pena
La vie de freelance peut faire rêver, car elle offre une grande liberté : choisir avec qui l’on travaille, organiser son rythme et ses horaires. Mais la réalité est parfois différente. Contrairement à un salarié, les revenus d’un indépendant dépendent directement du nombre de massages réalisés. Plus on est disponible, plus on travaille et mécaniquement, plus les revenus peuvent être élevés.

NDLR : les charges liées à cette activité de free lance apparaissent élevées lorsqu’on fait le bilan (charges, URSAFF, frais de déplacements, coût des formations, impôts sur le revenu) et ce statut est très précaire lorsque l’activité ralentit. Il faut donc prendre en considération ces aspects avant de choisir.

Nous expliquons très vite à nos élèves qu’un rythme classique, de 9 h à 17 h du lundi au vendredi, fonctionne rarement dans ce métier. En réalité, les clients sont souvent disponibles en fin de journée, à partir de 17 h, ainsi que le week-end. Il faut donc apprendre à composer avec ces rythmes.

Une solution intéressante peut être de combiner un mi-temps salarié dans un spa pour avoir un fixe avec une activité indépendante. C’est d’ailleurs ce qui m’a permis, à l’époque, de trouver un véritable équilibre et de m’épanouir dans ce métier.

Selon l’environnement dans lequel on exerce, il faut aussi savoir s’adapter. En hôtellerie, plus l’établissement est haut de gamme, plus les standards sont élevés. L’expérience globale du client compte autant que la qualité du toucher.

Sur le plan technique, il est essentiel de maîtriser plusieurs techniques de massage afin de pouvoir proposer des prestations adaptées et sur-mesure. Lorsque je me suis formé, il y a une dizaine d’années, je n’avais par exemple pas appris le massage prénatal dans mon cursus, alors que la demande m’était faite régulièrement, j’avais donc pris la décision de me former en supplément à cette technique. C’est d’ailleurs pour cette raison que nous l’avons intégré aujourd’hui dans le cursus long de nos élèves.

Enfin, certains praticiens choisissent d’ouvrir leur propre cabinet. C’est une autre voie possible, mais elle implique également de nouvelles contraintes, notamment liées au local, aux coûts et au développement de la clientèle.

 

Les élèves s’installent en indépendant, mais gagnent mal leur vie… Trop d’offres,  manque de compétences pour se vendre, ou volonté de travailler moins ?

 

Gonzalo Pena
Cela rejoint en partie ce que j’évoquais précédemment. Depuis la période du Covid, certaines dynamiques ont évolué, notamment avec une recherche plus marquée d’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle.

Beaucoup souhaitent travailler moins d’heures ou avoir un rythme plus stable et plus prévisible. Ce qui crée souvent un décalage avec la réalité du marché. De plus, les rémunérations qui peuvent paraître très intéressantes, à première vue, sont en réalité toujours décevantes après le règlement de toutes les charges liées à l’activité. Seuls les free-lance qui travaillent beaucoup, surtout le soir et le week-end, ont de nombreux clients et qui continuent de prospecter, perçoivent une rémunération attractive.

Il y a aussi un autre facteur : être un bon praticien ne suffit pas toujours. Lorsqu’on s’installe en indépendant, il faut également savoir développer sa clientèle, fidéliser, communiquer sur son activité. Ce sont des compétences entrepreneuriales qui ne sont pas toujours naturelles, mais qui sont essentielles pour vivre correctement de ce métier.

 

Que faire pour donner envie d’aller travailler en spa hôtelier, sachant qu’il faut travailler les week-ends ?

Certains spas hôteliers proposent la semaine sur quatre jours et un week-end par mois. Pourquoi avons-nous toujours autant de mal à convaincre ?

Faut-il aussi des compétences particulières ? Quel est le pourcentage parmi vos apprenants qui pourront travailler dans de grands établissements ?

 

Gonzalo Pena
La semaine de quatre jours est déjà une très bonne piste. Dans les établissements où les équipes sont suffisamment nombreuses, le fait de ne pas travailler tous les week-ends est également un vrai levier d’attractivité.

Mais le nerf de la guerre reste la rémunération. Pour un métier physiquement exigeant, qui demande une réelle technicité et implique souvent de travailler les soirs et les week-ends, la reconnaissance financière est un facteur déterminant.

Il y a aussi un travail à mener sur les conditions d’exercice : le nombre de massages enchaînés dans la journée, les temps de récupération ou encore l’accompagnement des équipes. Les établissements qui réussissent à fidéliser leurs praticiens sont souvent ceux qui trouvent cet équilibre.

C’est pour cela qu’il faut aussi faire attention à la semaine de quatre jours, car cela signifie 35 heures en 4 jours (et non 5), et donc plus de massages dans ces journées.

De plus les jeunes praticiens sont sensibles aux perspectives d’évolution. Montrer qu’il existe un véritable parcours professionnel dans les spas vers des postes d’assistant, de spa manager ou d’autres responsabilités peut aussi contribuer à rendre ces carrières plus attractives.

Enfin, travailler dans un spa hôtelier et plus encore dans un établissement haut de gamme comme un palace, demande effectivement certaines compétences spécifiques. Au-delà de la technique, le savoir-être est essentiel : sens du service, discrétion, posture professionnelle et capacité à s’adapter aux standards de l’hôtellerie.

Tous les élèves ne se projettent pas forcément dans cet univers. Dans nos promotions, une partie des apprenants (15 à 20%) se destine plus naturellement à ces établissements. Ce sont souvent ceux qui ont déjà une forte sensibilité au service client et à l’exigence du détail, notamment parce qu’ils ont évolué dans ce secteur lors de leur apprentissage.

 

 

Quelles sont les techniques à maîtriser absolument dans la « boite à outils » pour travailler en spa ?

 

Gonzalo Pena
Pour devenir PRATICIEN EN MASSAGES BIEN-ETRE, nous demandons la maîtrise de sept techniques : les bases du massage, le massage suédois, le californien, le Deep Tissue, le massage thaï, le massage prénatal et la réflexologie plantaire de bien-être. Cela permet d’avoir un panel suffisamment large pour adapter son massage et proposer du sur-mesure, mais aussi d’alterner les approches et de ne pas pratiquer uniquement des massages profonds.

Concernant le Kobido, ou plus largement les techniques de massage du visage, c’est un sujet qui revient aujourd’hui avec insistance. Nous l’avions intégré dans notre cursus il y a quelques années, mais nous l’avions retiré au profit de la réflexologie plantaire de bien-être. Avec la forte demande que nous constatons actuellement, la question de le réintégrer dans le parcours est de nouveau à l’étude.

Jean-Jacques Gauthier
Pour travailler en spa, une compétence plurielle est certainement souhaitable. Si la maitrise du massage et de plusieurs protocoles reste un socle de base, une compétence en esthétique (CAP – BTS) est un plus non négligeable et une connaissance et une maitrise des soins d’hydro (balnéo, affusion, douche à jet, gym aquatique, watsu… ) ,  de relaxation (sophro, TAS, cohérence cardiaque…) mais aussi de techniques spécifiques (yoga, tai-chi, qi-gong, pilates, etc) ou de coaching seront très appréciés et permettront une activité diversifiée et un accompagnement qualitatif du client dans son parcours de soin.

Par définition le spa regroupe, dans son ancrage historique, des soins manuels, des soins d’hydro et des soins holistiques ; cela impose donc une pluralité de compétence du staff  et des praticiens pour répondre à l’attente des clients.

 

Après un diplôme d’esthétique, le massage semble une complémentarité essentielle pour maîtriser le travail en spa ?


Gonzalo Pena
Oui, clairement. Dans un spa, la polyvalence est un vrai atout. Les établissements recherchent souvent principalement des profils capables de faire à la fois des soins esthétiques et des massages.

Dans les faits, un employeur aura tendance à privilégier un profil avec une double compétence plutôt qu’un très bon praticien limité à une seule activité.

C’est d’ailleurs pour répondre à cette réalité du marché que nous avons lancé un double cursus : en une année, nos élèves peuvent se former à la fois au massage bien-être et à l’esthétique.

 

Trop de personnes souhaitent être formées au massage, alors qu’au final, trois seulement seront aptes à travailler dans un spa. Comment expliquer cela ?

 

Gonzalo Pena
Le massage attire beaucoup de personnes parce qu’il touche à l’humain et au bien-être. Mais travailler en spa demande bien plus que simplement aimer masser.

Il faut une vraie endurance physique, une régularité dans la qualité du toucher, mais aussi un savoir-être très important : sens du service, discrétion, posture professionnelle et capacité à s’adapter à des environnements parfois exigeants.

C’est un cadre de travail qui ne correspond pas forcément à tous les profils. Certains praticiens se tournent finalement vers l’indépendance ou vers d’autres formes de pratique du bien-être, qui leur correspondent davantage.

 

Pour ce qui est de la reconversion, quelles sont les motivations ?

 

Gonzalo Pena
Les motivations sont souvent assez similaires. Beaucoup recherchent un métier qui a davantage de sens, avec une dimension humaine plus forte.

Il y a aussi, chez certains, l’envie de sortir du salariat et de retrouver plus de liberté dans leur organisation de travail. Enfin, la recherche d’un meilleur équilibre de vie et d’un mieux-être personnel est également une motivation qui revient souvent.

 

On ne devient pas Spa Manager après une formation, aussi pertinente soit-elle. Comment expliquer ?

 

Gonzalo Pena
Aujourd’hui, que ce soit en spa hôtelier ou en spa urbain, c’est avant tout l’expérience qui prime. La fonction de spa manager demande une bonne connaissance du terrain, des équipes et du fonctionnement d’un établissement.

Dans la plupart des cas, il s’agit d’évolutions internes : des praticiens ou des collaborateurs qui, avec le temps et l’expérience, prennent davantage de responsabilités. Les directions d’établissement privilégient donc souvent des profils ayant déjà une expérience solide dans le secteur.

Cette fonction demande d’autres compétences qu’il faut obtenir par des formations complémentaires en management, gestion financière, droit du travail, etc.

 

Comment valoriser ces métiers ?


Jean-Jacques Gauthier
Valoriser les métiers du spa ne pourra se faire sans une montée en puissance du niveau de formation. Le secteur est en attente de professionnels aux compétences élargies, bien formés et ayant une réelle pertinence de praticien de santé.

On ne pourra pas assoir les métiers du spa en proposant des prix de soins élevés avec des praticiens à la formation restreinte souvent insuffisante et au savoir être basique.

Le présence d’un personnel plus qualifié (savoir-faire et savoir être), mieux payé, mieux considéré et respecté est certainement une des clés pour valoriser le secteur des métiers du spa et du tourisme de santé.

 

Gonzalo Pena
La première chose est de mieux faire connaître la réalité du métier et les compétences qu’il demande. Le massage est souvent perçu comme quelque chose de simple, alors qu’il nécessite une vraie technicité, une endurance physique et un savoir-être important.

Il faut aussi valoriser les parcours professionnels possibles dans le secteur : praticien, spa manager, formateur… Montrer qu’il s’agit de véritables métiers avec des perspectives d’évolution.

Enfin, la valorisation passe aussi par les conditions de travail et la reconnaissance financière, qui restent des éléments essentiels pour attirer et fidéliser les professionnels.

 

Certains « accros » au massage ne souhaitent pas se former à l’esthétique. Ils peuvent faire du massage visage sans huile ou avec une huile neutre. Est-ce bien clair pour tous ? Et en particulier les dirigeants de spa ?

 

Gonzalo Pena
La question ne devrait même pas se poser. L’utilisation de produits cosmétiques est réglementée. Seule une esthéticienne est habilitée à réaliser un diagnostic de peau et à utiliser des produits adaptés.

S’en affranchir, c’est prendre un risque inutile. Au final, c’est le dirigeant de l’établissement qui engage sa responsabilité, mais aussi la réputation de son spa. La question est donc simple : est-ce que cela en vaut vraiment la peine ?

 

 

Tous les trois, vous avez été masseurs professionnels. Qu’est-ce que ce métier vous a apporté ? Quelle a été votre motivation initiale ?


Jean-Jacques Gauthier
Je suis arrivé dans le massage par la kinésithérapie du sport.
Durant de nombreuses années, j’ai accompagné des sportifs de haut niveau dans leur quête de performance. Mon challenge était d’accompagner les sportifs et de leur permettre d’intégrer de grosses charges d’entrainement sans se blesser afin d’aborder les compétitions nationales ou internationales, dans de parfaites conditions avec des potentialités maximales. Un gros travail de prévention (diététique, préparation musculaire, étirements… ) d’accompagnement psychologique (sophro, relaxation… ) et de récupération. C’est dans ce dernier domaine que la pratique du massage et du drainage a été maximum (jusqu’à 8 à 10 heures par jour en période de compétition !) avec une obligation de résultat pour permettre au sportif d’être à tout moment dans de bonnes conditions physiques et psychologiques, pour une nouvelle course, une nouvelle épreuve.

J’ai pu ainsi découvrir l’efficacité du massage, un travail en profondeur sur le corps physique et plus discret sur le psychique pour des attentes parfois extrêmes (un record, un titre, une médaille… ). Une activité intense, exigeante mais véritablement formatrice ; une activité qui m’a beaucoup apporté tant sur le plan humain que professionnel.

 

Gonzalo Pena
Comme beaucoup de personnes, je me suis tourné vers ce métier parce que je cherchais quelque chose de plus tourné vers l’humain.

Le fait d’avoir travaillé dans des contextes très différents que ce soit à domicile, en spa urbain ou dans des palaces, m’a appris à m’adapter en permanence : adopter la bonne posture, comprendre rapidement les attentes du client, développer une vraie écoute.

J’ai aussi adoré la liberté que ce métier peut offrir. Me déplacer dans Paris en scooter pour réaliser un massage à 7 h du matin parce qu’un client avait un vol à prendre, ou intervenir à 1 h du matin au Ritz pendant la Fashion Week… Ce sont des moments assez uniques.

On découvre des univers très différents, des clientèles variées, des ambiances particulières. C’est un métier qui m’a beaucoup appris, humainement et professionnellement.

 

Faut-il normer le massage ? Comment ?


Jean-Jacques Gauthier
Trop de formations diverses existent avec des acquis et des niveaux très différents.  Il serait souhaitable de cadrer les formations de massage avec une trame précise des compétences (théoriques et pratiques) à acquérir et un nombre minimum d’heures de formation. En parallèle, une charte de bonnes pratiques serait à mettre en place pour éviter les pratiques abusives (massage à la chaîne) qui ont tendance à faire baisser la qualité des soins et à nuire au secteur professionnel.

Gonzalo Pena
Je pense que oui. Aujourd’hui, on voit un peu de tout, et il est important d’apporter un cadre à la profession.

Les écoles qui proposent des titres inscrits au Répertoire National des Certifications Professionnelles constituent déjà une première étape importante. Mais il est également nécessaire que les différentes branches professionnelles, les fédérations et les pouvoirs publics se positionnent sur ces sujets.

Plusieurs normes sont actuellement en cours de rédaction auprès de AFNOR, notamment portées par Régine Ferrere (CNEP) ou la Fédération Française de Massages Bien-Être.

Ce sont des étapes importantes qui permettront de structurer davantage et de jalonner l’évolution de notre métier.

Un constat personnel : quelques belles adresses de spas hôteliers fidélisent les stagiaires, en traitant leurs employés avec respect. Malheureusement, ce sont souvent des exceptions, car trop d’exploitants de spas hôteliers sacrifient la rentabilité à court terme. Je ne peux que regretter le témoignage de certains stagiaires ou alternants. Que faire ?

 

Propos recueillis par Jean-Jacques Gauthier & Marie-Paule Leblanc-Peru Présidente bénévole Spa-A.

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Images D.R. et réalisées avec de l’IA.

Marie_Paule Leblanc_Péru

Présidente bénévole Spa-A. — Un parcours de plus de 35 ans à la direction internationale de produits cosmétiques et hôtellerie, dans le développement commercial et marketing. Shiseido, Yves Saint-Laurent, Dior, Thierry Mugler, Clarins, Pure Altitude et le groupe SIBUET ont marqué mon appétence pour le luxe et l'authenticité, en France comme à l'international. Executive Coach formé HEC, pour mettre l'humain au coeur des métiers. Désormais dans la transmission pour fédérer les équipes et passer le relais auprès de nos jeunes soucieux de rejoindre le monde du spa.

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