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“ Je ne suis pas esthéticienne, mais j’ai suivi une formation en soins du visage et je souhaite travailler dans votre spa ”

C’est le titre d’un Post que j’ai mis sous Linkedin et qui a provoqué de nombreuses réactions.

 

Il me fallait donc un peu plus d’espace pour pouvoir aborder ce sujet : le recrutement pour les tous les spas et particulièrement les spas saisonniers devient de plus en plus compliqué, et il est tentant de demander à un spa praticien, spécialiste du kobido, de s’occuper d’une cliente. Un massage avec un produit neutre, sans propriété cosmétique est possible, mais pas le démaquillage, cela sera à la cliente de le faire. Alors absurde ? Pas tant que cela !

Je rencontre régulièrement des personnes en reconversion professionnelle qui, après avoir obtenu un diplôme de spa praticien,  ou suivi une formation de facialiste ou de massage du visage, parfois une formation marque, postulent dans des spas urbains ou des spas hôteliers en affirmant qu’elles peuvent pratiquer les soins visage : “Je suis facialiste, mais surtout pas esthéticienne. Je n’ai pas de diplôme esthétique et je n’en ai pas besoin”.

Nadia Payot était sans nul doute la première des facialistes. Il me paraît donc intéressant de rencontrer Catherine Bourgeois, co-créatrice de lAcadémie des Facialistes.

 

Ce que dit réellement la loi française

En France, la pratique des soins esthétiques à la personne, dont font partie les soins du visage en institut et en spa, est encadrée par le Code de l’artisanat et par la réglementation professionnelle de l’esthétique.

  • L’article 16 de la loi n° 96603 du 5 juillet 1996 relative au développement et à la promotion du commerce et de l’artisanat, et ses textes d’application, prévoient que certaines activités artisanales ne peuvent être exercées que par des personnes titulaires d’un diplôme ou titre reconnu, ou sous le contrôle effectif et permanent d’une personne qui en est titulaire.
  • Les soins esthétiques à la personne (soins du visage, épilation, soins du corps esthétiques, manucurie, etc.) sont classés dans ces activités réglementées : ils relèvent du champ de l’esthétiquecosmétique.
  • En pratique, cela se traduit par l’exigence, a minima, d’un diplôme de type CAP EsthétiqueCosmétiqueParfumerie (ou également : BP, Bac Pro, BTS esthétique) pour réaliser des soins esthétiques à la personne dans un cadre professionnel.

Il existe bien la VAE (Validation des Acquis de l’Expérience), prévue par le Code du travail, qui permet à une personne justifiant d’une expérience significative dans le domaine d’obtenir tout ou partie d’un diplôme d’esthétique (CAP, BP, etc.) sans revenir en formation initiale, mais la validation finale reste conditionnée au respect de la procédure et à la décision d’un jury professionnel. On arrive donc à la même conclusion : sans diplôme d’esthéticienne (CAP, BP, Bac Pro ou BTS), nous ne pouvons pas les autoriser à pratiquer des soins du visage et du corps, car un de ces diplômes est obligatoire en France.

À ce jour, il n’existe pas de texte de loi français qui reconnaisse, à lui seul, un diplôme de “spa praticien”, de “facialiste” ou de “massage visage” comme équivalent automatique d’un CAP/BP esthétique pour autoriser la pratique des soins du visage esthétiques en institut ou en spa. Ce ne sont que des titres homologués qui complètent le diplôme de l’Education Nationale.

Un diplôme est délivré exclusivement par l’Education Nationale et répond à un référentiel précis qui valide un niveau de compétence : Niveau 3/ CAP, Niveau 4 /BP et BAC PRO et  Niveau 5/ BTS.

 

Le titre homologué complète le diplôme de l’éducation Nationale

Il est enregistré comme les diplômes au RNCP Répertoire National de la Certification Professionnelle.  est audité tous les 5 ans pour être ou pas renouvelé.  Il donne une compétence spécifique et spécialise le titulaire du diplôme sur un secteur précis (le spa, les ongles …).

Parfois les titres homologués n’obligent pas à être détenteur d’un diplôme, comme c’est le cas du titre SPA PRATICIEN de l’Ecole Elegance à Nice. En revanche, le CQP SPA PRATICIEN l’exige.

 

Le titre homologué permet d’exercer uniquement les compétences validées

Le titre homologué est délivré par le Ministère du travail ou tout autre Ministère désireux de répondre à une spécialité Métier, non couverte par le diplôme. Comme le diplôme, il a un niveau qui lui est attribué par France Compétence. Comme le diplôme, il vous donne le droit d’exercer les compétences que vous avez validées. C’est donc la lecture du référentiel et des compétences validées qui vous donnent le droit d’exercer telle ou telle prestation. Par exemple, un titre homologué en stylisme ongulaire ne vous donne pas le droit de faire des soins visage ou des soins du corps.

 La force du diplôme réside dans le fait qu’il vous donne le droit d’exercer tous les soins de Beauté et de bien -être

 Le titre homologué vous donne le droit de pratiquer exclusivement les soins enseignés dans le référentiel du titre

Les soins esthétiques à la personne sont réservés à des professionnels qualifiés, plus communément désignés « esthéticiens », au sens du 5° de l’article L. 121-1 du code de l’artisanat.

Cet article dispose que sont soumis à une obligation de qualification professionnelle : « les soins esthétiques à la personne autres que médicaux et paramédicaux et les modelages esthétiques de confort sans finalité médicale ».

Pour délivrer ces soins esthétiques à la personne, ces esthéticiens doivent être titulaires d’un certificat d’aptitude professionnelle, d’un brevet d’études professionnelles ou d’un diplôme ou titre de niveau égal ou supérieur homologué ou enregistré lors de sa délivrance au répertoire national des certifications professionnelles institué par institué par l’article L. 6113-1 du code du travail.
Peuvent également délivrer des soins esthétiques à la personne, des personnes travaillant sous le contrôle effectif et permanent des esthéticiens tels que visés ci-dessus.

Je comprends que passer un diplôme représente un investissement financier et/ou chronophage et que vous ne souhaitez pas exercer le métier de spa praticien pour  « extraire des comédons ou faire des épilations ». Mais la législation française est ainsi faite. Plutôt que de la voir comme une contrainte, considérons-la comme une protection. Elle garantit donc la qualité de nos métiers du spa et de l’esthétique, métier dans lequel les meilleurs professionnels côtoient parfois des personnes moins qualifiées et surtout non diplômées. Ce sont ces dernières qui peuvent nuire à l’image de notre secteur. Par ailleurs ces pratiques sont très risquées pour les employeurs en cas de contrôle de la DGCCRF. Elles le sont également pour les praticiennes en cas d’erreurs lors de la réalisation de soins. En effet, les assurances ne couvrent pas les risques sur des soins réalisés par des praticiennes n’ayant pas le droit de réaliser toutes sortes de soins visage, car non diplômées.

Formations privées et limites légales

De nombreuses formations privées en soins du visage, massage visage, spa praticien ou formation bienêtre proposent aujourd’hui des parcours courts, parfois très qualitatifs sur le plan technique. Elles ont une utilité réelle pour développer des compétences, affiner une gestuelle, comprendre une marque ou un protocole spa.

Cependant, il est essentiel de distinguer clairement :

Ce que ces formations peuvent apporter
  • Transmettre des savoir-faire pratiques (gestuelle de massage visage, protocoles de relaxation, rituels spa, conseils produits, posture en cabine).
  • Compléter un diplôme existant (par exemple, un CAP esthétique souhaitant se spécialiser, ou un spa praticien déjà diplômé dans un autre domaine qui veut enrichir sa palette de techniques de bienêtre).
Ce qu’elles ont comme limites légales
  • Elles ne peuvent pas créer un droit d’exercer un soin du visage esthétique réglementé si la personne n’a pas le diplôme requis.
  • Elles ne peuvent pas, à elles seules, rendre légale la pratique de soins du visage relevant de l’esthétique cosmétique pour une personne non diplômée en esthétique.
  • Elles ne peuvent pas se substituer à un titre inscrit au RNCP ou à un diplôme de la filière esthétique reconnu par l’État pour l’exercice des soins esthétiques à la personne.

Ce qui compte, aux yeux des textes et des assurances, n’est pas le nombre d’heures de formation, la renommée du formateur ou de la marque, mais la conformité avec les diplômes et titres reconnus pour l’exercice des soins esthétiques.

Responsabilité des spas et employeurs

Pour un spa urbain, un spa hôtelier ou un établissement Wellness, la question n’est pas uniquement “compétence technique”, mais aussi responsabilité juridique et assurantielle.

Responsabilité de l’employeur

L’employeur est responsable :

  • du recrutement : s’assurer que la personne qui réalise des soins du visage est titulaire des diplômes nécessaires (CAP esthétique a minima, ou équivalent reconnu, ou en cours de VAE avec encadrement adapté) ;
  • de l’organisation du travail : définir clairement quels types de soins sont confiés à quels profils (soins esthétiques, massages de bienêtre, rituels purement relaxants, etc.) ;
  • de la déclaration des activités et des salariés (URSSAF, contrats de travail, fiches de poste conformes aux missions réelles).

En cas de contrôle (URSSAF, inspection du travail, services de la répression des fraudes, assurances), un spa qui emploie une personne non diplômée en esthétique pour réaliser des soins du visage esthétiques réservés s’expose à plusieurs types de risques :

  • Remise en cause de certaines pratiques ;
  • Amendes pour non-respect des textes de lois
  • Difficultés avec l’assureur en cas de sinistre lié à un soin, voire remboursement d’un sinistre car pas de protection de l’assurance dans ce cas ;
  • Reproches sur la qualification professionnelle des personnes qui réalisent des actes réglementés.
Responsabilité du/de la praticien(ne)

Le/la praticien(ne) qui accepte de réaliser des soins du visage esthétiques sans diplôme adapté se place dans une situation fragile visàvis de son employeur, de son assureur, et potentiellement de la cliente en cas de litige ;

Les assurances spa et les RC professionnelles sont généralement très attentives :

  • aux actes assurés (soin visage, épilation, soins corps esthétiques, massages de bienêtre, etc.) ;
  • aux qualifications déclarées.

Si un soin est réalisé par une personne qui n’a pas le droit d’exercer cet acte au sens de la réglementation professionnelle, l’assureur peut refuser sa garantie en cas de dommage. Cette conséquence n’est pas théorique : c’est un risque concret pour le client, le praticien et l’établissement, lesquels pourront être amenés à rembourser toute leur vie pour un sinistre normalement « assurable ».

Les métiers de l’esthétique et du spa recrutent, le wellness se développe : c’est à nous tous de veiller au respect et à la reconnaissance de ces professions en appliquant la loi française et en respectant donc également nos clients.

Questions à Cécile Trouiller

Pourquoi avez-vous décidé de passer votre CAP d’esthétique ?

J’ai décidé de passer un CAP esthétique lorsque l’on m’a confié la direction d’un établissement avec un gros spa (10 cabines) pour la première fois. Venant du droit et de l’univers du tourisme, je maitrisais mal le vocabulaire et surtout le contenu d’un soin, les compositions des produits et les codes de l’esthétique.

Pour quelle finalité ?

Me sentir à l’aise et légitime avec mes équipes, mes fournisseurs et mes clients.

Comment cela s’est passé ?

Je l’ai passé « à distance », en candidat libre mais assistée par une école d’esthétique. Je devais rendre des devoirs tous les mois et nous avions une journée de pratique à l’école chaque mois pour nous corriger. Le reste du temps, mes équipes m’aidaient dans la pratique et elles se sont presque toutes faites épilées par moi (je ne suis pas certaines qu’elles en gardent un bon souvenir).

En tant que recruteur, comment expliquer ce besoin de contrôle des diplômes ?

Notre obligation de recruteur et d’employeur est de contrôler systématiquement tout ce que les candidats nous donnent comme informations (diplômes, compétences, savoir-être) et il est donc logique que nous appliquions les bonnes pratiques de nos métiers mais également la loi.

Aujourd’hui j’interviens comme formatrice (marketing, accueil & vente, management) auprès de futures esthéticiennes et spa praticiennes. Elles se donnent du mal et passent beaucoup de temps à se former pour être d’excellentes professionnelles. Elles sont donc démoralisées, indignées, et surtout ne comprennent pas qu’une personne qui n’a pas de formation adéquate et qui a simplement suivi une formation de quelques jours (alors qu’elles y ont passé des années), puisse exercer le même métier qu’elles et soient rémunérées de la même façon. Si nous ne sommes pas vigilants, nous risquons de perdre beaucoup de futures diplômées qui choisiront des voies plus rapides et moins professionnelles. Nous perdrons donc en compétences et en qualité.

 

FAQ – Travailler en spa sans diplôme d’esthéticienne

Puis-je travailler dans un spa sans être diplômée esthéticienne ?
Oui, certaines fonctions comme l’accueil, le conseil produits ou les massages non réglementés peuvent être exercées. Pour les soins du visage réglementés, le CAP esthétique reste obligatoire selon la loi française.

Quelles formations permettent de compléter mes compétences ?
Même sans CAP, vous pouvez suivre des formations professionnelles reconnues : massage visage, spa praticien, techniques complémentaires comme l’aromathérapie ou les soins bio. Ces formations n’autorisent pas les soins réglementés mais valorisent votre profil.

Quelles tâches puis-je réaliser légalement dans un spa ?
Sans diplôme : accueil client, vente de produits, modelages relaxants. Avec formation complémentaire : accompagnement, massage visage non médical, animation d’ateliers bien-être.

Existe-t-il des exceptions pour travailler légalement aux soins du visage ?
Oui, la VAE (Validation des Acquis de l’Expérience) ou certaines certifications professionnelles permettent parfois d’exercer sous supervision, mais le CAP reste la référence légale.

Comment postuler efficacement dans un spa sans diplôme ?
Mettez en avant vos formations complémentaires et expériences en bien-être, vos compétences transférables (relation client, hygiène, techniques relaxantes) et proposez un stage ou une période d’essai.

Quels sont les métiers alternatifs dans un spa ?
Quelques exemples : spa praticien ou assistant spa, réceptionniste/conseiller bien-être, animateur d’ateliers relaxation ou beauté, conseiller en vente cosmétique et produits spa.

 

 

Marie-Paule Leblanc-Peru Présidente bénévole Spa-A.

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Marie_Paule Leblanc_Péru

Présidente bénévole Spa-A. — Un parcours de plus de 35 ans à la direction internationale de produits cosmétiques et hôtellerie, dans le développement commercial et marketing. Shiseido, Yves Saint-Laurent, Dior, Thierry Mugler, Clarins, Pure Altitude et le groupe SIBUET ont marqué mon appétence pour le luxe et l'authenticité, en France comme à l'international. Executive Coach formé HEC, pour mettre l'humain au coeur des métiers. Désormais dans la transmission pour fédérer les équipes et passer le relais auprès de nos jeunes soucieux de rejoindre le monde du spa.

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